L’église (les églises chrétiennes, devrais-je dire) forme le plus grand et le plus ancien réseau social du monde. Bien entendu, il s’agit d’un réseau social réel. Il date du premier siècle de notre ère et, en réalité, il n’a, depuis, cessé de se développer. Aujourd’hui, l’église est présente et active sur tous les continents. Les églises locales ont des ramifications très profondes dans les sociétés civiles. En Amérique du Sud par exemple, l’influence politique de l’église est beaucoup plus importante qu’en Europe. Dans bien des endroits c’est un acteur social, politique voire économique.
L’Europe et même la France voient une renaissance de l’activité d’église. Peut-être moins au niveau hiérarchique et des pratiques traditionnelles que dans le foisonnement des groupes de laïcs qui partagent leur foi, qui interviennent sur le terrain social ou politique. L’église se fait offensive, défendant dans un respect strict des règles de laïcité, les causes et les principes moraux qu’elle tient des évangiles.
Pourtant tout cela manque de visibilité. Ceci est lié à une culpabilité héritée des errements historiques de l’église : répressions des hérésies, croisades, guerres de religion, activités missionnaires (souvent coercitives, mais pas toujours; ex : Mateo Ricci en Chine, Père de Foucauld au Sahara, Moines de Tibhirine en Algérie, pour ceux-ci, l’action positive de ces missionnaires est reconnue par les gouvernements et les autres religions). Les récentes malversations de prêtres, coupables d’actes de pédophilie ont montré que les aspects démoniaques de l’église étaient présents. Il y a aussi les polémiques sur le préservatif et l’avortement qui heurtent légitimement, les consciences. En revanche les dernières recherches historiques sur la position et les actions de la hiérarchie catholique, lors de la II guerre mondiale et ses tentatives de s’opposer à la Shoah, montrent que tout n’est pas dit, étudié ni publié. En résumé l’église est une “institution humaine”. Elle en a les travers et les beautés.
Vatican II va bouleverser le paysage religieux européen. Il va créer aussi des tensions terribles à l’intérieur de l’église. Ce concile a un côté ironique. Il a en effet, été initié par un Pape que l’on disait de transition : le bon Jean XXIII, ne semblait pas destiné à faire la révolution au sein de la vénérable institution romaine. Pourtant dès le début des années 60, par une intuition, que nous chrétiens attribuons à l’Esprit-Saint, il va impulser une transformation radicale dans l’église. A noter que le Pape fut dans ces années de grande mise à jour des sociétés, le premier à sentir le besoin du renouveau. Bien avant 68 en France et en Europe.
Internet n’est plus le Diable. Les catholiques ont longtemps vu les NTIC comme un ennemi de plus. Là encore l’histoire montre que l’église a eu beucoup de difficultés à comprendre les découvertes scientifiques fondamentales : astronomie, physique au 16eme siècle, encyclopédie au 18eme, Darwin et la théorie de l’évolution au 19eme, les psychologies des profondeurs au 20eme. Sur le front de la philosophie aussi, l’église s’est laissée déborder, Auguste Comte, Nietzsche, Marx l’ont terrassé. La chrétienté est morte de son inertie sur des positions défensives. Bernanos dans le remarquable Journal d’un Curé de campagne, montre bien la bascule de la fin de la chrétienté. Mais au même moment dans une fulgurance intellectuelle et mystique Jacques Maritain réouvre la voie. Au moment où meurt la chrétienté, renaît le christianisme. C’est un de ces mystères dont l’histoire initiée par le Christ et ses apôtres a le secret.
L’église a tout a gagné à s’installer dans l’univers virtuel. Avec ses règles propres. Ses conceptions. Elle n’a rien à renier mais tout à affirmer. Elle doit reprendre son bâton du pèlerin humble, pacifique. L’apôtre l’évangile.